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Daniel Salzmann – Aquarelles

De-ci, de-là 

De-ci, de-là, Daniel Salzmann cueille délicatement ses motifs aquarellés. Dans son environnement direct, dans des journaux, au cours de ses déambulations, au quotidien, le choix se fait au gré des humeurs de l’existence, des rencontres, des hasards, des affinités. Journal intime, carnet de bord dont les pages égrainent les heures, irrégulièrement. Pourquoi ce motif-ci ? Un oignon, une madone, un bateau, un Chinois, un putto ? Pourquoi pas si une impulsion intérieure, un coup de cœur, le suggère. Comment dès lors ne pas voir dans ces motifs esquissés l’équivalent contemporain des paysages intimes que les délicats aquarellistes de l’école anglaise, puis les peintres français ont intégré à notre conscience artistique depuis deux siècles. Mais ici, les motifs de rien ne procèdent pas de la nature, ne célèbrent plus des parcelles de paysage et intègrent de surcroît les audaces de la tache colorée, débordante, indomptée et abstraite d’un siècle urbain, trop à l’étroit dans son corsage publicitaire et surmédiatisé. Prenons garde cependant : il ne s’agit pas ici de faire valoir une quelconque nostalgie d’un paradis perdu d’avant l’ère du consumérisme de masse,  mais de l’évocation sans préjugés, modeste et sincère, d’une discontinuité irréductible, d’un morcellement du monde qui nous est échu. De sorte que le journal intime de Daniel Salzmann ne déploiera tout son sens que rétroactivement, c’est-à-dire ne fera état de son unité, qu’une fois parachevé avec l’existence, à la manière d’un feu d’artifice en suspens dont les fusées restent pour l’heure dispersées, dans l’attente de l’artificier.

Alberto de Andrés

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